Télévision et intelligence

La télévision étouffe l'intelligence !

TV.jpg Voici quelques extraits du livre "TV lobotomie" de  Michel Desmurget, neurologue et directeur de recherche à l'Inserm. Intéressant...

 

De nombreuses études montrent que le niveau baisse.

En 2008, plus de 1000 élèves de seconde furent soumis aux épreuves de français du brevet des collèges de 1976 (dictée avec questions de vocabulaire et de grammaire). 86 % n’ont pas eu la moyenne à la dictée, 60 % eurent simplement zéro (p. 78). En 2007, un organisme a repris une enquête initialement réalisée en 1987 pour estimer les performances des élèves de CM2 en calcul, lecture et orthographe. Les résultats montrèrent « sur 20 ans, une baisse significative des performances des élèves dans les trois compétences. » Les résultats quantitatifs sont éloquents : la perte représente deux niveaux scolaires : en 2007, des collégiens de 5e avaient les mêmes résultats que des écoliers de CM2 en 1987 ! (p. 80-81).

Des études éloquentes montrent une évidente corrélation entre cette baisse de niveau et la télévision. Par exemple, une équipe de chercheurs suivi de près l’arrivée de la télévision dans une ville de fond de vallée, qui en 1973 n’était toujours pas raccordée. Une batteries de test furent menées au cours du temps, en même temps que dans deux autres villes témoins qui possédaient déjà la télévision (p. 93). Des écoliers de niveau CE1 furent testés dans le décodage de mots et de phrases tests représentatives d’un apprentissage de la lecture. Les enfants de la ville sans télé avant l’arrivée de celle-ci présentaient une large avance sur les autres. Différence toujours présente deux après l’arrivée de la télé (les enfants étaient alors en CM1). En revanche, deux ans après d’autres enfants de CE1 ne présentaient plus aucun avantage sur leurs camarades des deux autres villes témoins (p. 94). « Le temps passé par les enfants et adolescents américains à regarder la télévision est associé négativement avec leurs performances scolaires. »

Depuis 30 ans ces données ont été largement confirmées. Malgré les évidences et le consensus des scientifiques sur la question, la polémique fait rage. On objecta que les émissions éducatives n’étaient pas concernées, que c’est parce que les enfants étaient en échec scolaire qu’il regardaient la télévision, que les effets sont tellement faibles qu’ils peuvent être négligés.

Les émissions éducatives ont d’une part tendance à formater le niveau par le bas, toujours pour ratisser au plus large. De surcroît les enfants passent la majorité de leur temps devant des programmes récréatifs, n’allant regarder des programmes dits éducatifs que marginalement.

Quant au deuxième point, il a été montré que si les enfants réduisent leur consommation télévisuelle, les performances scolaires et cognitives des élèves reprennent de la hauteur. L’argument de causalité devient ainsi caduc. De plus, des recherches ont montré l’existence d’effets lointains : par exemple, « une forte consommation audiovisuelle en fin de maternelle prédit des difficultés en lectures à l’entrée en CM2. » ou bien que « l’amplitude de la consommation télévisuelle infantile (5-11 ans) était significativement associée à la probabilité d’obtention d’un titre universitaire à l’âge adulte. » (p. 97)

Quant à l’argument de la faiblesse, l’auteur y répond de la manière suivante : « peut-on dire qu’une influence est faible lorsque des enfants de 8 ans n’ayant pas de télévision dans leur chambre présentent par rapport à leurs congénères équipés des performances supérieures de 21 % en lecture, 26 % en compétence verbale et 34 % en mathématique ? Ce dernier chiffre signifie pour rester concret, que les moyennes sur 20 de deux enfants identiques en tous points s’établiront à 9 et 12 selon qu’une télévision sera ou non présente dans leur chambre.  »

Le temps passé devant la télévision n’est plus consacré à la lecture ou à faire les devoirs. Les enseignants ne reçoivent-ils pas de plaintes de parents prétextant que leur progéniture n’a pas assez de temps pour faire les devoirs ?

La télé est toujours allumée dans 4 foyers sur 10, elle sert de bruit de fond. Les enfants soumis à cette omniprésence audiovisuelle ont 3 fois plus de chances de ne pas savoir lire à la sortie du cours préparatoire ! (p. 103)

Les enfants ne lisent plus. Ou beaucoup moins. Ce qui est dommage car « la lecture à l’âge adulte prend ses racines dans l’enfance. » (p. 106)

Par ailleurs la télévision véhicule des « valeurs complètement opposées à celles de l’école : promotion de la réussite spectaculaire sans efforts, promotion de l’exposition de l’intimité, fonctionnement dans l’instantané et la satisfaction immédiate. [...] Il ne faut que quelques instants au plus navrant crétin pour devenir une « star » et occuper la Une des magazines people. Un QI de blaireau suffit à comprendre, sans effort ni délai, 99,9 % des émissions du PAF. »

Faible goût pour le savoir. La télévision détruit l’école à petit feu. Le goût de l’effort est altéré, travailler pour réussir est une notion qui devient obsolète. Certes la réussite par la petit écran est plus marginale et éphémère — et quelle réussite ! — que celle acquise par un savoir péniblement acquis au cours de la scolarité.

Un solide corpus expérimental montre que le petit écran accroît l’impulsivité comportementale et cognitive des enfants, tout en diminuant leur propension à la persévérance, leur appétence pour les tâches intellectuellement exigeantes et leur capacité de concentration (p. 109).

La télévisions disloque la pensée de l’enfant, qui délaisse de plus en plus d’autres activités intellectuellement structurantes comme la lecture, le jeu, les devoirs.

Depuis une dizaine d’années des études ont montré que les activités spontanées du jeune enfants était lourdement perturbées par la présence même d’une télévision allumée dans la pièce (changement de jeu plus fréquent, schèmes ludiques moins riches, plages de jeux raccourcies et moindre concentration pendant ces plages). Perturbations qui altèrent le QI à long terme (p. 113).

Depuis quelques années de nombreux programmes destinés aux tout-petits ont vu le jour, les vendeurs de cerveau ayant bien compris le résultat des études scientifiques qui montrent que des sujets de 2 ans et moins peuvent passer plus de 70 % du temps à fixer l’écran en présence de contenus ad hoc (p. 114), pour l’exploiter.

Depuis 20 ans, la proportion d’enfants de moins de 1 an exposés quotidiennement à la télévision a quasiment quadruplé pour atteindre aujourd’hui les 60 %. 40 % des nouveaux-nés de 3 moins regardent la télé ! La durée de consommation quotidienne avoisine alors 1 heure. [...] À 24 mois, la proportions de spectateurs s’élève à 90 % et le temps journalier de visionnage monte à 1h40. (p. 115)

Ces chiffres sont pour le moins effrayants ! Car comme nous l’explique Michel Desmurget, il faut savoir que la télévision n’enseigne rien, ne permet pas de câbler les neurones présents à la naissance mais inertes et ne sollicite aucune des compétences fondamentales que le cerveau en formation doit construire. L’encéphale ne s’organise pas en observant le réel, mais en agissant sur lui (p. 120).

Un « déficit vidéo » a effectivement été mis en évidence. Si l’enfant voit une action en vrai, il est capable ensuite d’agir, tandis que s’il voit la même action par l’intermédiaire d’un écran vidéo, il ne se passe rien, il ne tire aucun bénéfice des informations qui lui sont délivrées (p. 123). Une expérience étonnante est citée p. 124 impliquant des enfants de 2 ans. Un expérimentateur cache un objet dans une pièce voisine de celle où se trouve l’enfant, dans une des cachettes qui avaient été identifiées conjointement auparavant. Ensuite, l’expérimentateur soit revient en personne dans la pièce pour expliquer à l’enfant où il a caché l’objet, soit il explique à l’enfant où il se trouve via un écran vidéo. Dans le cas interface réelle, l’enfant retrouve ensuite l’objet plus de 3 fois sur 5. Dans le cas écran, l’enfant retrouve l’objet que dans 1 cas sur 5, ce qui est grosso modo le seuil du hasard.

Il en est de même de l’apprentissage du langage. Les programmes permettant soi-disant d’enrichir le vocabulaire de l’enfant ainsi que toute la panoplie de DVD éducatifs qui va avec sont au mieux inutile et ont au pire un effet délétère sur l’acquisition du vocabulaire, comme le montrent toutes les études académiques récentes (p. 125).

Au passage, même pour les adultes la télévision est très peu efficace pour apprendre les langues étrangères, malgré une tenace idée reçue en la matière. « Les spectateurs parviennent à apprendre quelques mots mais échouent lamentablement à acquérir la moindre compétence syntaxique. » (p. 128)

« Action castratrice de la télévision sur l’imaginaire enfantin trouve un large écho dans la littérature scientifique.  » (p. 134)

« Moins de mots aux stades précoces du développement, cela signifie en bout de chaîne, pour l’enfant, moins de langage et moins d’intelligence. » (p. 131). Et ceci est vrai quand le poste est allumé, même si l’enfant ne le regarde pas directement.

« La télévision capture l’imagination mais ne l’affranchit pas. Un bon livre stimule et libère immédiatement l’esprit. » (p. 135)

Pour vous convaincre en image :

TV_lobotomie.jpg

Résultat représentatif d’une étude allemande sur 2000 élèves de 5-6 ans, à qui il était simplement demandé de dessiner un bonhomme (p. 136).

 

En conclusion, « la petite lucarne ne rend pas les enfants patemment débiles ou visiblement crétins, mais elle empêche assurément le déploiement optimal des fonctions cérébrales. Tous les champs sont touchés, de l’intelligence à l’imagination, en passant par le langage, la lecture, l’attention et la motricité. » (p. 136)

« Si on prend aujourd’hui, collectivement, des mesures pour diviser par deux la consommation audiovisuelle des écoliers du primaire (légèrement supérieure à 2h par jour), ce n’est plus 65 % (niveau actuel) mais 74 % d’une classe d’âge qui obtiendra le bac dans 10 ans. Une hausse miraculeuse qui interviendra « naturellement », sans qu’il soit nécessaire de bidouiller les épreuves, de soudoyer les jurys d’admission, de recruter des milliers d’enseignants ou de dépenser des sommes pharaoniques chez Acadomia ! » (p. 137)

 

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